cinéma


oui c’est vrai j’ai vraiment pleuré devant cette émotion submergeante, ces corps de vie qui loin du mélo disent l’essentiel du sanglot, du rire de ces femmes qui poursuivent l’histoire s’enracinent dans un devenir endévoilant le flot d’émotion à la base de leur vie, tout ca dans un corps porté à bout de vie, ou alors l’absence, qui tue, comme un cancer, sans que le corps de la vie se perpétue, qui s’englue dans la disparition, à un niveau “symbolique” hors de l’anecdote, la mère revient et qui n’a jamais été morte, qui nous a manqué mais qui était inscrite dans nos corps pour que la vie se poursuive et s’invente même à oublier l’enfoui dans la poussière des jours, sans cesse opposer le corps tranchant pour se protéger du danger, de l’homme cet intru, de ce drôle de jeu qui veut tout fausser à se dresser, comme un couteau, à couper la vie et le temps, nécessiité vorace pour la femme pour le corps bandé, temps incessamment en perdition, désir toujours en éveil , danger ,
ce combat ressemble à nos vie et est un défi à notre blessure , comme si l’on hésitait entre ces deux poles , la disparition et la survie ,
l’émotion du passé ressurgi se réouvre dans les voix , les regards , les liens et les actes , bref tout est dit dans ce film au plus près de la reconnaissance de nos corps affirmés

WAATI de souleymane cissé

Cette histoire de Nandi , jeune fille sud africaine qui doit fuir l’Afrique du sud , parce que l’apartheid l’a acculée à la mort , au meurtre de son identité ( ces parents ) , à la négation violente de qui elle est ,

Le film s’ouvre dans l’aliénation , l’asservissement , et la violence meutrière qui est un préambule à une errance et au voyage initiatique de reconquête de soi , pour survivre elle doit prendre la fuite ; elle découvre alors l’afrique dans ces multiples aspects à travers un voyage initiatique , magique , mystique , ésotérique qui la mène à elle même , elle retrouve ce qu’être africaine veut dire , lentement , profondément , dans des visions fortes , une traversée des racines immémoriales qui la fonde ,

de très belles images de la nature et de l’humain , une très belle réflexion sur l’identité ( le masque comme un deuxième visage) , l’expression artistique (la marionette malienne , la danse et le travail de were were liking et ki yi ) des visions saisissantes sur l’horizon de l’afrique ,( le passage face à la mer , et celui où une femme traditionelle traverse l’autoroute pour ce replonger dans la foret comme une reconnaissance)

la figure de l’enfant qui se meurt de fain dans le sahel va la décider à partir pour apporter son aide , compassion extrème et engagement pour reconstruire cette terre qui s’envole en poussière , élément essentiel du film car peut on vraiment se rejoindre si on ne reconnait pas l’autre , si son trajet ne nous amène pas à rejoindre celui qui souffre , qui est l’espoir de demain , une main tendue qui rejoint l’autre au bout de la chaine de la recherche de soi , au sens fort du lien à l’autre ,

La boucle se referme sur un retour en Afrique du sud , utopique , mais face à face nécessaire avec les vieux démons , avec l’homme blanc , le passé , l’avenir , barré , car l’enfant Aïcha , quelle a emmené avec elle est refoulée par les afrikaners , maître encore de cette afrique ,

le film se clot sur l’image rêvée d’un arbre de la source , au sein d’un paysage ancestral (la namibie?) avec ces oiseaux qui volent dans les branches , réconciliation intérieure d’une afrique qui s’est retrouvée dans son fondement et ses fondations inaliénables .

bamako de abederrahmane Sissako

BAMAKO ! abderrahmanne Sissako , rien que ces deux noms me donnent envie d’entreprendre le voyage , en toute confiance , tellement j’ai aimé les autres films ” la vie sur terre” et “heremakono” , la beauté des images , les paysages et les hommes , les femmes aussi , la pensée qui sous-tend le projet : dans “la vie sur terre” la voix off offre des échos du “cahier du retour au pays natal ” et du discours sur la colonisation d’Aimé Césaire , et pour moi Césaire c’est toute la revendication de la noblesse humaine , ce combat qui met au centre l’homme et reconquiert la fierté , souche de l’identité ; qui passe aussi par la beauté , miroir poétique , comme le tatouage , miroir du monde qui dit le nom d’homme pour celui qui le porte , je pense à des passages de Lévi-strauss , le dessin danse la ligne , sculpte la forme comme un mot résonne de parfums , de couleurs , de sensations qui finalement incarne la chose , la chose nommée prend existence , l’identité ! ( voir les ouvrages de Tiérou sur le nom africain entre autre , les passages de waati sur le masque , le deuxième visage , intérieur mais qui dit bien plus surement ce que l’être est , que sa carte d’identité , ses mensurations …)

ma tante au retours d’un congrès sur les énergies renouvellables et le commerce équitable etc … me disait que les burkinabés invités , avant de prendre la parole avaient insistés pour que l’on place la culture au centre du débat , l’identité est préalable à l’économie , notre vision occidentale en est profondément modifiée …

Bamako , c’est l’histoire d’un procès fictif où l’accusé sont les grandes instances internationales , le FMI, la banque mondiale , on pense à Total et en bref à la présence occidentale en afrique , les exemples sont légions ; le procès se tient dans une concession , une sorte d’arrière cour , demeure des habitants , unité centrale de la vie en afrique de l’ouest , nous sommes chez eux , le procès est dans l’intimité sociale , les gens sont chez eux , comme chez eux , parce que le procès s’y tient , ils continuent de vivre ou attendent , viennent dans le lieu du débat ,

de la parole ,

on y retrouve le juge et des avocats , des témoins , dont une prestigieuse Aminata Dramane Traore , auteure entre autre de: ” l’étau , l’afrique dans un monde sans frontières ” , ancienne ministre de la culture , femme d’entreprise qui place la culture comme centre à l’entreprise et pense que la richesse de l’Afrique , c’est sa culture , d’autre comme ce professeur d’université voudrait penser un monde africain qui échappe à l’occident , les instances internationales se défendent , se succèdent à la barre des témoins qui refuseront de parler ou appelleront la grande antique parole africaine , véritable personnage , n’est ce pas l’afrique elle même cette parole à l’existence surnaturelle ,

l’afrique , chez elle , prend la parole , contre celle imposée de l’occident , tout simplement elle retrouve sa logique propre et défie la pensée occidentale , le professeur d’économie politique dit que non , l’afrique n’a pas besoin de banque ,

mais ce procès est encore le témoin d’une occupation occidentale , les personages eux , qui attendent , vivent , sont indifférents , meurent , vont travailler et se préparent à l’exil , ces visages , ces corps qui s’imposent de manière silencieuse comme étant irrémédiablement là , au dela des discours et des concepts , des jugements , ces hommes et ces femmes sont l’afrique , le reste est masquarade , tribunal nécessaire pour réfuter une parole , la reprendre , fusse à l’occidentale mais irréel en comparaison de ces vies en attente , dont le temps est long , implacablement enracinés dans leur rides , leur présence , leur larmes ,

et c’est l’homme , la femme qui veut reprendre vie , de façon inaudible mais incoercible .